Fioretti septembre 2020

"La normalité à laquelle nous sommes appelés est celle du Royaume de Dieu, où 'les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris' (Mt 11, 5). Et que personne ne fasse l'innocent en regardant d'un autre côté." Le Pape démasque les vraies maladies de l'homme et de la société.

Fioretti du pape François

Trouver le remède pour les grands virus humains et socio-économiques

Audience générale, 30 septembre 2020 :

« Nous avons besoin de contempler et d'apprécier la beauté de chaque être humain et de chaque créature. Nous avons été conçus dans le cœur de Dieu (cf. Ep 1, 3-5). “Chacun de nous est le fruit d'une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun de nous est aimé, chacun est nécessaire” (Benoît XVI, Homélie pour le début du ministère pétrinien, 24 avril 2005); cf. Enc. Laudato si’, n. 65). […] Reconnaître cette vérité et rendre grâce pour les liens intimes de communion universelle avec toutes les personnes et avec toute les créatures, met en œuvre “une protection généreuse et pleine de tendresse” (ibid., n. 220), et nous aide également à reconnaître le Christ présent dans nos frères et sœurs pauvres et qui souffrent, à les rencontrer et à écouter leur cri et le cri de la terre qui s'en fait l'écho (cf. ibid., n. 49).

Intérieurement mobilisés par ces cris qui réclament que nous prenions une autre route (cf. ibid., n. 53), qui réclament que nous changieons, nous pourrons contribuer à la guérison des relations avec nos dons et nos capacités (cf. ibid., n. 19). Nous pourrons régénérer la société et ne pas revenir à la soi-disant “normalité”, qui est une normalité malade, et d'ailleurs malade depuis même avant la pandémie: la pandémie l'a soulignée! “À présent revenons à la normalité”: non, cela ne va pas, car cette normalité était malade d'injustices, d'inégalités et de dégradation environnementale. La normalité à laquelle nous sommes appelés est celle du Royaume de Dieu, où “les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres” (Mt 11, 5). Et que personne ne fasse l'innocent en regardant d'un autre côté. C'est ce que nous devons faire, pour changer. Dans la normalité du Royaume de Dieu, le pain arrive à tous et il en reste, l’organisation sociale se base sur la contribution, le partage et la distribution, pas sur la possession, l'exclusion et l'accumulation (cf. Mt 14, 13-21). Le geste qui fait avancer une société, une famille, un quartier, une ville, tout le monde, est celui de se donner, de donner. Ce n'est pas faire l'aumône, mais c'est une manière de se donner qui vient du cœur. Un geste qui éloigne l'égoïsme et l'angoisse de posséder. Mais la manière chrétienne de faire cela n'est pas une manière mécanique: c'est une manière humaine. Nous ne pourrons jamais sortir de la crise que la pandémie a soulignée, mécaniquement, avec de nouveaux instruments –qui sont très importants, qui nous font aller de l'avant et dont il ne faut pas avoir peur–, en sachant que pas même les moyens les plus sophistiqués pourront faire beaucoup de choses, mais il y a une chose qu’ils ne pourront pas faire : donner de la tendresse. Et la tendresse est le signal propre de la présence de Jésus. Cette manière de s'approcher de son prochain pour marcher, pour guérir, pour aider, pour se sacrifier pour l'autre.

[…] Un petit virus continue à causer des blessures profondes et démasque nos vulnérabilités physiques, sociales et spirituelles. Il a mis à nu la grande inégalité qui règne dans le monde : l'inégalité des opportunités, des biens, de l'accès à la santé, à la technologie, à l'éducation : des millions d'enfants ne peuvent pas aller à l'école, et la liste continue ainsi. Ces injustices ne sont pas naturelles ni inévitables. Elles sont l'œuvre de l'homme, elles proviennent d'un modèle de croissance détaché des valeurs plus profondes. […] C'est pourquoi, pour sortir de la pandémie, nous devons trouver le remède non seulement pour le coronavirus – qui est important! – mais également pour les grands virus humains et socio-économiques. Il ne faut pas les cacher, en passant un coup de peinture pour qu'ils ne se voient pas. Et assurément nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le modèle économique qui est à la base d'un développement inique et non durable résolve nos problèmes. Il ne l'a pas fait et il ne le fera pas, parce qu'il ne peut pas le faire, même si certains faux prophètes continuent à promettre “l’effet en cascade” qui n'arrive jamais. […].

Nous devons nous mettre à travailler urgemment pour générer de bonnes politiques, définir des systèmes d'organisation sociale où soient récompensés la participation, le soin et la générosité, plutôt que l'indifférence, l'exploitation et les intérêts particuliers. Nous devons avancer avec tendresse. Une société solidaire et équitable est une société plus saine. Une société participative –où les “derniers” sont tenus en considération comme les “premiers”– renforce la communion. Une société où l'on respecte la diversité est beaucoup plus résistante à tout type de virus. »

“Je dis aux pauvres ce qu’ils doivent faire”

Audience générale, 27 septembre 2020 :

« Les dirigeants de la société doivent respecter et promouvoir les niveaux intermédiaires ou mineurs. En effet, la contribution des individus, des familles, des associations, des entreprises, de tous les corps intermédiaires et également des Églises est déterminante. Avec leurs ressources culturelles, religieuses, économiques ou de participation civique, ils revitalisent et renforcent le corps social (cf. CDSC, n. 185). C’est-à-dire qu’il y a une collaboration du haut vers le bas, de l’État central vers le peuple et du bas vers le haut : des formations du peuple vers le haut. Et c’est précisément cela, l’exercice du principe de subsidiarité.

Chacun doit avoir la possibilité d’assumer sa propre responsabilité dans les processus de guérison de la société dont il fait partie. Quand on démarre un projet qui concerne directement ou indirectement des groupes sociaux déterminés, ceux-ci ne peuvent pas être laissés en-dehors de la participation. Par exemple : “De quoi t’occupes-tu ? – Je vais travailler pour les pauvres – C’est bien, et que fais-tu ? – J’enseigne aux pauvres, je dis aux pauvres ce qu’ils doivent faire – Non, cela ne va pas, le premier pas est de laisser les pauvres te dire comment ils vivent, de quoi ils ont besoin : il faut laisser parler tout le monde !” Et ainsi le principe de subsidiarité fonctionne. Nous ne pouvons pas laisser ces gens en dehors de la participation ; leur sagesse, la sagesse des groupes les plus humbles ne peut pas être mise de côté (cf. exhort. ap. post-syn. Querida Amazonia [QA], n. 32 ; enc. Laudato si’, n. 63). »