Épisode 2 – « Une histoire d’amour » avec le Seigneur

Dans cette situation extrême, Toni disait souvent que sa vie avait été une histoire d’amour et qu’il s’était épris éperdument du Seigneur.

Débuts de l'Opus Dei
Opus Dei - Épisode 2 – « Une histoire d’amour » avec le Seigneur

Durant ces trois années et demie, tous furent témoins de la façon dont Toni, jour après jour, suivait son horaire pendant les périodes où il pouvait travailler, sans faire d’exceptions et intensément, comme s’il eût été en bonne santé. Remarquable aussi fut sa mise à profit du temps, y compris lorsqu’il lui fallait passer les contrôles médicaux. Dans son plan de travail, il allait jusqu’à tenir compte des minutes nécessaires pour se rendre à l’hôpital et pour en revenir. Il organisait son agenda de façon à accomplir toutes ses tâches avant l’hospitalisation, qu’il considérait comme un repos dans son activité : « Je pars en congé », disait-il à ses collaborateurs.

Hospitalisé, il nous surprenait par sa façon de supporter avec vaillance les douleurs et les incommodités du traitement ; par exemple les douleurs des ganglions lymphatiques enflés, puis les obstructions du cathéter de la sous-clavière ; il fallut le changer de côté, au prix d’une opération sous anesthésie générale.

Dans cette situation extrême, Toni disait souvent que sa vie avait été une histoire d’amour et qu’il s’était épris éperdument du Seigneur. Les derniers jours, il était tiraillé entre la perspective de pouvoir rentrer chez lui et la convenance de rester à l’hôpital. D’un côté, il pensait qu’il serait plus facile de s’occuper de lui à la maison ; il était aussi conscient que cela nous éviterait bien des déplacements. De l’autre côté, l’hôpital était plus à même de réagir rapidement et efficacement aux surprises que peut réserver la maladie. La question fut soumise au Prélat de l’Opus Dei qui nous conseilla le maintien à l’hôpital. Nous en fîmes part à Toni, qui donna immédiatement son accord.

Depuis son lit d’hôpital, Toni fit beaucoup d’apostolat, non seulement avec les médecins et le personnel soignant qui le prenaient en charge, mais encore avec ses amis qu’il appelait par téléphone et qui venaient lui rendre visite. Et, comme si cela ne suffisait pas, il appelait également des personnes qui vivaient hors de Zurich ou de Suisse, pour s’informer de leurs préoccupations.

L’une d’entre elles, Aldo Fozzati, alors directeur général au siège de General Motors Europe à Zurich, garde un profond souvenir de ces conversations ; voici ce qu’il écrit depuis Eschborn, en Allemagne, au Postulateur de la cause de béatification : « Mes premières rencontres avec Toni datent de fin 1987, lorsque, venant des États-Unis, je gagnai Zurich. Nous établîmes alors une étroite relation, nous rencontrant pour le lunch et, en mai 1988 et 1989, pour une journée entière de pèlerinage à pied. En début d’été de cette année-là, nous passâmes quelques jours ensemble à la campagne, parlant de la vie et du christianisme. C’est à ce moment-là qu’il me parla de sa maladie. Je le voyais alors pour la dernière fois, mais, jusqu’à sa mort, il m’appela souvent pour me demander des nouvelles de la santé de mon fils Daniel. Daniel, né en mars 1988 était venu au monde avec un problème au cœur peu commun, que les médecins avaient défini comme étant une atrésie tricuspide. Il dut subir trois opérations à l’hôpital de Boston, des mains du docteur Aldo Castaneda, alors la première autorité mondiale dans ce domaine. Toni me promit d’offrir sa maladie pour la santé de Daniel et suivit de près les opérations. C’est précisément en novembre 1989 qu’eut lieu la deuxième de ces opérations, la plus importante. Nous en parlâmes, moi depuis Boston et Toni depuis son lit d’hôpital. Je me souviens de ce qu’il me dit alors : “ Aldo, je ne sais pas si je serai encore de ce monde quand Daniel sera opéré. Si je vis, sois bien sûr que je prierai fort pour lui. Si d’ici là je meurs, j’intercéderai pour lui dans le ciel, mais, et il riait en le disant, je ne puis rien te promettre parce que je ne sais pas quelle influence je pourrai avoir là-haut. ” »

Au moment où Aldo écrivait ces lignes, en juillet 1997, son fils Daniel avait neuf ans. Il grandissait normalement sans aucun problème de santé.

Un temps pour mourir

En plus de considérer sa maladie comme un cadeau de Dieu, Toni se proposa de tirer le meilleur parti possible de cette circonstance. Aussi, même avec ses proches, il n’hésita pas à la qualifier de trésor ; il emploie ainsi ce terme dans une courte lettre envoyée à son beau-frère, sitôt connu le diagnostic. Il prévoit que la maladie va lui causer beaucoup de souffrances, tout en pressentant qu’elle le rendra très heureux.

Toni savait que le terme logique de l’aventure médicale serait une mort prématurée. Sans s’y appesantir, il apprit à parler de sa maladie avec grand naturel. Les derniers jours, à propos de la recommandation que Mgr del Portillo lui avait faite lors de sa dernière visite, il affirma, avec la simplicité de qui l’a bien médité : « Je prie le Seigneur de m’accorder toute la concentration nécessaire pour m’entretenir avec Lui ; quand, en effet, je veux prier, je m’endors et j’ai l’impression que ce n’est qu’endormi que je me mets à prier. »