Épisode 1 - Rencontre avec Don Josémaria

Dans Rêvez et la réalité dépassera vos rêves (Éditions Le laurier), Pedro Casciaro raconte sa première rencontre avec un jeune prêtre de 33 ans qui deviendra Saint Josémaria.

Débuts de l'Opus Dei
Opus Dei - Épisode 1 - Rencontre avec Don Josémaria

« Je croyais en Dieu et me considérais catholique, j’avais la foi et j’avais recours aux sacrements de temps en temps ; Mes connaissances religieuses étaient toutefois rudimentaires pour quelqu’un de mon âge. J’avais hérité des tendances anticléricales de mon père. Je faisais preuve d’une grande méfiance, voire d’une allergie, envers les prêtres et les religieux.

Je ne saurais pas identifier la cause de cette méfiance, mais telle était mon attitude. Je n’avais (et ne voulais) avoir aucun lien avec « les curés », comme je les appelais. Ce qui est curieux, c’est que jusqu’alors je n’avais jamais parlé avec un prêtre, sauf lorsque je m’approchais d’un confessionnal. Évidemment, je n’avais pas de confesseur fixe.

Mon attitude méfiante m’avait toujours conduit à maintenir des distances avec les quelques prêtres qui avaient croisé mon chemin : quelques professeurs au Lycée et des prêtres de la paroisse. Je les regardais d’un œil critique et j’éprouvais du dégoût pour l’éducation des clercs de cette époque, que je jugeais — de manière injuste, sans doute — très étrange.

C’est pourquoi, lorsqu’en 1935, trois années après mon arrivée à Madrid, un ami d’enfance, Augustin Thomas Moreno me parla avec admiration de l’abbé Josémaria Escriva, un prêtre qu’il avait connu récemment et à qui il voulait me présenter, je lui répondis avec une ironie auto suffisante par un commentaire sarcastique.

Saint Josémaria entouré des étudiants de la résidence DYA (Madrid, Espagne) en mars 1935.

Nous nous revîmes — quelque temps plus tard, parce que nous nous fréquentions peu — et Augustin me reparla de ce prêtre. Je repoussai à nouveau sa proposition et continuai sur ce point à faire la sourde oreille.

Heureusement Augustin fut tenace. Et un jour lors d’une des rares occasions où nous nous rencontrions, il m’adressa des phrases au contenu spirituel profond — je pensai qu’elles n’étaient pas de son cru, mais du prêtre en question — qui m’atteignirent bien malgré moi. J’acceptai finalement de rencontrer ce prêtre.

Pourquoi accédai-je à sa demande ? Je dois l’avouer : par curiosité pure et simple. La curiosité faisait partie de mon caractère : j’aimais fréquenter des personnes plus âgées que moi, connaître de nouveaux milieux et être ouvert à tout, jusqu’aux détails les plus insignifiants. Mais j’y allai, naturellement, avec la ferme résolution de ne pas aborder de questions personnelles avec ce prêtre : j’y allai pour voir, pour observer, pour analyser, et rien d’autre.

Je pris rendez-vous avec Augustin vers la fin janvier 1935. Il me conduisit au 50 rue Ferraz. Nous montâmes au premier étage. Comme toujours, je faisais attention à tout. À côté de la porte était vissée une plaque reluisante : Académie DYA. Nous entrâmes. Le hall produisit sur moi une agréable impression. L’endroit n’était pas tel que je l’imaginais : j’avais imaginé un local mal conçu et froid, et je me retrouvais dans le vestibule d’une maison de famille de classe moyenne, plutôt modeste, décorée avec goût et, surtout, très propre. L’ambiance était cordiale et détendue. Un bon début. Cela me plut.

Quelqu’un nous demanda d’entrer dans un petit salon, où nous attendîmes quelques instants. Peu après, entra un jeune prêtre souriant. Il devait avoir la trentaine. Il s’arrêta un instant en me regardant affectueusement par-dessus ses lunettes rondes en écaille, le corps légèrement penché en avant.

— Père, dit Augustin, voici mon ami Pedro Casciaro…

Ce jeune prêtre, remercia Augustin et lui demanda de nous laisser seuls quelques minutes, comme si j’étais quelqu’un d’important ! Nous nous assîmes pour parler et cette conversation suffit à faire tomber, d’un seul coup, tous mes préjugés.

Vraiment « le Père », comme tous l’appelaient, ainsi que le voulait la coutume lorsqu’il s’agissait d’un prêtre à cette époque-là, n’avait rien à voir avec l’idée que je m’en étais faite : je m’attendais à trouver un de ces curés un peu illuminé et un peu bizarre, conforme à la caricature alimentée par mes préjugés. Au lieu de cela, je me trouvais face à un jeune prêtre de trente-trois ans, de bonne constitution, cordial, sympathique, très spontané et naturel qui m’inspira dès le premier moment une grande confiance, en même temps qu’un respect bien supérieur à celui qu’on accorde à une personne de son âge. Je fus très impressionné par sa bonté, par sa joie contagieuse, sa bonne humeur… et je lui ouvris mon âme comme je ne l’avais jamais fait auparavant avec personne.

Je ne saurais dire combien de temps nous parlâmes, probablement un peu moins de trois quarts d’heure. Mais je me souviens qu’en prenant congé, je lui dis :

— Père, j’aimerais que vous soyez mon directeur spirituel.


COPYRIGHT Extrait de Rêvez et la réalité dépassera vos rêves, Pedro Casciaro, Éditions Le Laurier